Les yeux noirs

Faut être fait fort
Pour se promener sur la rue
Sans marcher dans les sentiers battus
Le regard qu'ils m'ont jeté
Elle est toute débraillée

Pour eux, faut avoir de l'allure
Lorsqu'on va jambes nues
Qu'elles sont toutes rasées ou épilées
Tout va pour le mieux
Ils sont soulagés on est harmonieux

Leurs yeux ont suivi mon corps
Se sont accrochés
Chevelure embroussaillée
Cernes marqués, robe froissée
Sandales effilochées
Ils m'ont détaillée
Encore et encore

Pourtant ça n'a pas pris de temps
En deux minutes j'étais jugée
J'ai vu qu'ils n'ont pas apprécié
Que je sois sans belle parure

J'aurais voulu m'en foutre
Laisser mes ressentis dans une outre
Scellée, rien ne peut déborder
Mais je n'ai pas réussi
Tout de suite j'ai senti
Leur look calculateur
Qui m'a donné une cote, sans faveur

Y a rien de plus roffe
Moi parfois j'ai pas l'étoffe
Pas le temps de dire ouf
Je sens qu'on m'étouffe
Faudrait que j'aie plus d"assurance
Pour pas m'en faire
Que ça ne me jette pas à terre
Avec ce goût de rance

Y a des jours où ça va bien
Je me dis que ça leur appartient
En tout cas c'est peu de le dire
Le jeu des apparences
Ça laisse des traces qui aspirent
La confiance
Quand on y pense
Moment sans sourire

Même si on est blindé
C'est tellement fort qu'on est affecté
Faudrait tous être aveugles pour voir la vérité
De chaque être manifesté
Dans son absolue beauté

Si les gens avaient pas ce travers
Et pouvaient voir l'univers
De l'autre
Chaque sensibilité serait la nôtre
Et on s'en ferait pas autant
Ça ne nous rentrerait pas dedans
Pour nous plonger dans le désespoir

Être rejetée
par la pointe acérée

Des yeux noirs

© Tendre rive

Regard sur la pauvreté

Aucun regard à leur donner
Ont-ils le droit d'exister?
Tout ce qu'on voit
C'est ce qui ne nous convient pas
Parce que ça nous remet en cause
Sans qu'on reconnaisse la chose

On empile ce qui fait trembler
Notre petit ordre établi
Dans ce coin béni
De notre déni

Pas grave si ces gens souffrent
En autant que pour nous
Il n'y ait aucun remous
Qu'on ne soit pas au bord du gouffre
Vertigineux
De la prise de conscience
Des inégalités qui divisent

Toutes les balises
Qu'on s'est bâti
Pour le mieux
Représentent une sacrée alliance
Il y a nous et eux

Et c'est ainsi

© Tendre rive

Faire de la place

J'ai pu d'place à l'intérieur
Tellement tu joues ton rôle de voyeur
De mes énergies internes
Tu m'tiens dans les teintes ternes
Des eaux brouillées
D'un terrible jeu
Parce que tout c'que tu veux
C'est pouvoir me garder
Sous ta coupe
Agenouillé
Sans accès à aucune loupe
Pour prendre de la distance
Et expérimenter la paix

Le calme mental
Tu le hais pour vrai
Parce que ça me sort du mal
Que tu fais
Ça ouvre la porte
À ce qui fait sens
Éloigne les émotions mortes
Qui sont le sel de ton existence

De quel puits sans fond tu arrives
Tout c'que tu m'fais faire
Pour continuer de m'contrôler
C'est la galère
Tu te concentres sur les apparences
Et tu m'éloignes de la communion
Qui mène à la rédemption
Comment me libérer
De toi le cancer
Des pensées obsessives

© Tendre rive

Respiration

Poème écrit pour exprimer le ressenti d’une femme lors de la pratique sexuelle de la gorge profonde, ou « deep throat »

Ployer la gorge pour respirer
Une branche bouche le passage
Ta soif force le mariage
T'épouser à en crever

Je tombe dans la caverne
Inconscience
Poumons en berne
Oublier toute présence

Tu continues jusqu'à l'onde
Qui de toi inonde
Ma tendre chair meurtrie
D'où fuit toute vie

Gorge profonde

© Tendre rive

Jour fermé

Même s'il fait beau dehors
Le repli mord
Impossible de sortir
Trop rivée à l'habitude
Sans bouger
Perte d'amplitude
La journée est passée
Déjà le soleil décline
Il fait pénombre
Elles ne m'ont pas quittée
Les ombres
Demain sera mieux
Aujourd'hui est maintenant vieux
Un autre jour s'imagine
Occasion de désir

© Tendre rive