Se pencher vers le plus petit
C'est découvrir toute une vie
Souvent le regard est obscurci
Par le proche qui est grossi

S'intéresser à la périphérie
C'est inviter ses amis
Ceux qu'on avait oubliés
À grandir en communauté

Respecter le sol que l'on foule
C'est entrer en communion
Avec les énergies qui déboulent
Lorsqu'on enlève le bâillon

« Enfant, je me sentais solitaire, et je le suis encore aujourd’hui, car je sais et dois mentionner des choses que les autres, à ce qu’il semble, ne connaissent pas ou ne veulent pas connaître. La solitude ne naît point de ce que l’on n’est pas entouré d’êtres, mais bien plus de ce que l’on ne peut leur communiquer les choses qui vous paraissent importantes, ou de ce que l’on trouve valables des pensées qui semblent improbables aux autres.

Ma solitude commença avec l’expérience vécue de mes rêves précoces et atteignit son apogée à l’époque où je me confrontais avec l’inconscient. Quand un homme en sait plus long que les autres, il devient solitaire. Mais la solitude n’est pas nécessairement en opposition à la communauté, car nul ne ressent plus profondément la communauté que le solitaire ; et la communauté ne fleurit que là où chacun se rappelle sa nature et ne s’identifie pas aux autres.

Il est important que nous ayons un secret, et l’intuition de quelque chose d’inconnaissable. Ce mystère emplit la vie d’une nuance d’impersonnel, d’un « numinosum ». Qui n’a pas fait l’expérience de cela a manqué quelque chose d’important. L’homme doit sentir qu’il vit dans un monde qui, à un certain point de vue, est mystérieux, qu’il s’y passe des choses, dont on peut faire l’expérience – bien qu’elles demeurent inexplicables, et non seulement des choses qui se déroulent dans les limites de l’attendu. L’inattendu et l’inhabituel font partie de ce monde. Ce n’est qu’alors que la vie est entière. Pour moi, le monde, dès le début, était infiniment grand et insaisissable. »

Carl Gustav Jung ( Ma vie ) Souvenirs, rêves et pensées

Croire

Croire que les autres sont nos bourreaux
C’est se loger en porte à faux
De ses aspirations intérieures
Comme nos propres démons sont rieurs

Ils se jouent de nous
Ainsi que nous jonglons avec l’existence
Sans chercher plus loin le sens
De ce que nous appelons notre tout

Croire que la guerre est ailleurs
Que dans les viscères batailleurs
De l’oubli des origines
Est une illusion bien maline

Elle se vêt de bon ton
Nous enveloppant du souverain bien
On la savoure comme un bonbon
Dont on veut rester l’éternel citoyen

Croire que l’ennemi est en-dehors
Alors qu’il nous possède depuis lors
Nous l’avons laissé entrer
Il gouverne céans notre pensée

Pensera bien qui rira le dernier
Car nul n’est arrivé
Malgré nombre essais tentés
À déjouer le dictateur infiltré

Croire que la chance nous sourira
Dans la bienséance des idées reçues
C’est  tenir en sus
Le trésor qui nous sauvera
©Michaëla Pé

Ère

Ère de la machine
L’être humain s’échine
À éteindre sa vie privée
Sa confidence il a donné

Ère du virtuel
L’être humain s’acharne
À sacrifier ses rituels
Fi de son âme dans la lucarne

Ère de la guerre
L’être humain s’obstine
À nier sa propre terre
Sa lutte n’est pas anodine

Ère de la désaffiliation
L’être humain oublie
Le sens profond de la vie
En son for intérieur il se morfond

Ère de la fuite
L’être humain réduit sa conscience
Il évacue sa naissance
Et sa création reste sans suite

© Michaëla Pé

Boire

Retrait du monde
Plus de place
Où laisser sa trace
Années vagabondes

Tenter de se rattacher
Ici ou là
Sans adhérence
Chercher sa chance
Sans la trouver
Que dans sa foi
En son chez-soi

Équilibre délicat
À préserver
Dans l’intimité
Des désirs inavoués

Intérieur fleuri
Espoirs assouvis
Par désaffiliation
À l’intégration

Vaincre le désespoir
En faisant taire
L’élan de boire
Vie contraire