Tristesse

Tristesse

Se faire des accroires
Qu'on aurait pu enfin se faire voir
S'être fait une joie
Qu'on se rende compte
Qu'on était là
Qu'on existait

Optimisme candide

Mais c'était trop demander
D'être enfin validé
Aux yeux même
De ceux en qui on avait confiance

Vie à l'arrêt

Espoirs déçus
Plonger volontairement dans l'anonymat
Faut pas en faire tout un plat
C'est normal d'être annihilé
Quand on est marqué par l'invisibilité

Trou noir de la honte

Promesses vaines
Coeur en détresse
Tomber dans les craques du système
Qui fonctionne à coup de barêmes
Faut pas chercher loin
Il y a toujours quelqu'un
Qui est plus en besoin

La machine t'a ghosté

Exister est un problème
Tu dois chasser cette humeur morose
Sinon ton âme aussi est en errance
Et les autres, ça les indispose

Quand t'es pas zen
Tu restes avec ton vide
Seul chaque jour
Condamné à l'exclusion toujours
Vaincu

Visage inopportun

Les yeux noirs

Faut être fait fort
Pour se promener sur la rue
Sans marcher dans les sentiers battus
Le regard qu'ils m'ont jeté
Elle est toute débraillée

Pour eux, faut avoir de l'allure
Lorsqu'on va jambes nues
Qu'elles sont toutes rasées ou épilées
Tout va pour le mieux
Ils sont soulagés on est harmonieux

Leurs yeux ont suivi mon corps
Se sont accrochés
Chevelure embroussaillée
Cernes marqués, robe froissée
Sandales effilochées
Ils m'ont détaillée
Encore et encore

Pourtant ça n'a pas pris de temps
En deux minutes j'étais jugée
J'ai vu qu'ils n'ont pas apprécié
Que je sois sans belle parure

J'aurais voulu m'en foutre
Laisser mes ressentis dans une outre
Scellée, rien ne peut déborder
Mais je n'ai pas réussi
Tout de suite j'ai senti
Leur look calculateur
Qui m'a donné une cote, sans faveur

Y a rien de plus roffe
Moi parfois j'ai pas l'étoffe
Pas le temps de dire ouf
Je sens qu'on m'étouffe
Faudrait que j'aie plus d"assurance
Pour pas m'en faire
Que ça ne me jette pas à terre
Avec ce goût de rance

Y a des jours où ça va bien
Je me dis que ça leur appartient
En tout cas c'est peu de le dire
Le jeu des apparences
Ça laisse des traces qui aspirent
La confiance
Quand on y pense
Moment sans sourire

Même si on est blindé
C'est tellement fort qu'on est affecté
Faudrait tous être aveugles pour voir la vérité
De chaque être manifesté
Dans son absolue beauté

Si les gens avaient pas ce travers
Et pouvaient voir l'univers
De l'autre
Chaque sensibilité serait la nôtre
Et on s'en ferait pas autant
Ça ne nous rentrerait pas dedans
Pour nous plonger dans le désespoir

Être rejetée
par la pointe acérée

Des yeux noirs

© Tendre rive