Tristesse

Tristesse

Se faire des accroires
Qu'on aurait pu enfin se faire voir
S'être fait une joie
Qu'on se rende compte
Qu'on était là
Qu'on existait

Optimisme candide

Mais c'était trop demander
D'être enfin validé
Aux yeux même
De ceux en qui on avait confiance

Vie à l'arrêt

Espoirs déçus
Plonger volontairement dans l'anonymat
Faut pas en faire tout un plat
C'est normal d'être annihilé
Quand on est marqué par l'invisibilité

Trou noir de la honte

Promesses vaines
Coeur en détresse
Tomber dans les craques du système
Qui fonctionne à coup de barêmes
Faut pas chercher loin
Il y a toujours quelqu'un
Qui est plus en besoin

La machine t'a ghosté

Exister est un problème
Tu dois chasser cette humeur morose
Sinon ton âme aussi est en errance
Et les autres, ça les indispose

Quand t'es pas zen
Tu restes avec ton vide
Seul chaque jour
Condamné à l'exclusion toujours
Vaincu

Visage inopportun

Ère

Ère de la machine
L’être humain s’échine
À éteindre sa vie privée
Sa confidence il a donné

Ère du virtuel
L’être humain s’acharne
À sacrifier ses rituels
Fi de son âme dans la lucarne

Ère de la guerre
L’être humain s’obstine
À nier sa propre terre
Sa lutte n’est pas anodine

Ère de la désaffiliation
L’être humain oublie
Le sens profond de la vie
En son for intérieur il se morfond

Ère de la fuite
L’être humain réduit sa conscience
Il évacue sa naissance
Et sa création reste sans suite

© Michaëla Pé