Se pencher vers le plus petit
C'est découvrir toute une vie
Souvent le regard est obscurci
Par le proche qui est grossi

S'intéresser à la périphérie
C'est inviter ses amis
Ceux qu'on avait oubliés
À grandir en communauté

Respecter le sol que l'on foule
C'est entrer en communion
Avec les énergies qui déboulent
Lorsqu'on enlève le bâillon

Ta fenêtre

Ta fenêtre fut autrefois une porte
Grande et ouverte sur le monde
On accourait de mille lieux à la ronde
Pour connaître tes trésors, par cohortes

Puis le feu du destin est passé
Et ton étincelle de vie s'est envolée
Ne sachant plus où se poser
Suspendue dans l'espace et dans le temps

Parfois ranimé lors de précieux moments
Grâce à la petite flamme insuflée
Par ceux qui voulaient donner
Tu es resté miraculeusement vivant
Cherchant toujours à te manifester

Et puis il y eut l'autre porte
Celle qui masquait l'ancienne ère
On la trouvait là-bas derrière
Comme si on voulait de la sorte
Briser ta magie première

Maintenant cette porte donne sur la rue
Mais malgré la brise avenante
Qu'on tente d'y faire circuler
Ta présence reste vacante
Et je désire toujours ta venue

En attendant que tu sois invité à entrer
Pour de ton regard faire renaître
Les espoirs à être
Je suis seule à ta fenêtre
© Tendre rive

Les yeux noirs

Faut être fait fort
Pour se promener sur la rue
Sans marcher dans les sentiers battus
Le regard qu'ils m'ont jeté
Elle est toute débraillée

Pour eux, faut avoir de l'allure
Lorsqu'on va jambes nues
Qu'elles sont toutes rasées ou épilées
Tout va pour le mieux
Ils sont soulagés on est harmonieux

Leurs yeux ont suivi mon corps
Se sont accrochés
Chevelure embroussaillée
Cernes marqués, robe froissée
Sandales effilochées
Ils m'ont détaillée
Encore et encore

Pourtant ça n'a pas pris de temps
En deux minutes j'étais jugée
J'ai vu qu'ils n'ont pas apprécié
Que je sois sans belle parure

J'aurais voulu m'en foutre
Laisser mes ressentis dans une outre
Scellée, rien ne peut déborder
Mais je n'ai pas réussi
Tout de suite j'ai senti
Leur look calculateur
Qui m'a donné une cote, sans faveur

Y a rien de plus roffe
Moi parfois j'ai pas l'étoffe
Pas le temps de dire ouf
Je sens qu'on m'étouffe
Faudrait que j'aie plus d"assurance
Pour pas m'en faire
Que ça ne me jette pas à terre
Avec ce goût de rance

Y a des jours où ça va bien
Je me dis que ça leur appartient
En tout cas c'est peu de le dire
Le jeu des apparences
Ça laisse des traces qui aspirent
La confiance
Quand on y pense
Moment sans sourire

Même si on est blindé
C'est tellement fort qu'on est affecté
Faudrait tous être aveugles pour voir la vérité
De chaque être manifesté
Dans son absolue beauté

Si les gens avaient pas ce travers
Et pouvaient voir l'univers
De l'autre
Chaque sensibilité serait la nôtre
Et on s'en ferait pas autant
Ça ne nous rentrerait pas dedans
Pour nous plonger dans le désespoir

Être rejetée
par la pointe acérée

Des yeux noirs

© Tendre rive