Tristesse

Tristesse

Se faire des accroires
Qu'on aurait pu enfin se faire voir
S'être fait une joie
Qu'on se rende compte
Qu'on était là
Qu'on existait

Optimisme candide

Mais c'était trop demander
D'être enfin validé
Aux yeux même
De ceux en qui on avait confiance

Vie à l'arrêt

Espoirs déçus
Plonger volontairement dans l'anonymat
Faut pas en faire tout un plat
C'est normal d'être annihilé
Quand on est marqué par l'invisibilité

Trou noir de la honte

Promesses vaines
Coeur en détresse
Tomber dans les craques du système
Qui fonctionne à coup de barêmes
Faut pas chercher loin
Il y a toujours quelqu'un
Qui est plus en besoin

La machine t'a ghosté

Exister est un problème
Tu dois chasser cette humeur morose
Sinon ton âme aussi est en errance
Et les autres, ça les indispose

Quand t'es pas zen
Tu restes avec ton vide
Seul chaque jour
Condamné à l'exclusion toujours
Vaincu

Visage inopportun

Ère

Ère de la machine
L’être humain s’échine
À éteindre sa vie privée
Sa confidence il a donné

Ère du virtuel
L’être humain s’acharne
À sacrifier ses rituels
Fi de son âme dans la lucarne

Ère de la guerre
L’être humain s’obstine
À nier sa propre terre
Sa lutte n’est pas anodine

Ère de la désaffiliation
L’être humain oublie
Le sens profond de la vie
En son for intérieur il se morfond

Ère de la fuite
L’être humain réduit sa conscience
Il évacue sa naissance
Et sa création reste sans suite

© Michaëla Pé

Boire

Retrait du monde
Plus de place
Où laisser sa trace
Années vagabondes

Tenter de se rattacher
Ici ou là
Sans adhérence
Chercher sa chance
Sans la trouver
Que dans sa foi
En son chez-soi

Équilibre délicat
À préserver
Dans l’intimité
Des désirs inavoués

Intérieur fleuri
Espoirs assouvis
Par désaffiliation
À l’intégration

Vaincre le désespoir
En faisant taire
L’élan de boire
Vie contraire

Comment guérir le malade

 » Quiconque veut comprendre les êtres humains devra accrocher la toge doctorale, dire adieu aux études et se mettre à marcher au milieu du monde le coeur ouvert. Là, au milieu des horreurs de la prison, de l’asile et de l’hôpital, dans les tavernes, les bordels et les tripots, dans les cercles élégants et à la bourse, dans les assemblées socialistes, dans les églises et dans les réunions de sectes, à travers l’amour et la haine, à travers l’expérience de la passion dans sa propre chair, il trouvera, sous toutes ses formes, un capital de savoir beaucoup plus riche que ne pourront jamais lui donner des traités volumineux. C’est alors que, en véritable connaisseur de l’âme humaine, il saura comment guérir le malade. « 

Carl Gustav Jung